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Deux romans de femmes autour de l’aléa masculin

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Par Marc Emile Baronheid – bscnews.fr / Deux romans de femmes, articulés autour de l’aléa masculin. Avec le livre comme figure tutélaire ou subterfuge, c’est selon. Deux narratrices, deux sensibilités, deux manières de conjurer la perte de l’alcyon.

« Donner mes livres, c’était comme offrir un mari qu’on ne regarde plus à une femme qui le désire … ». Elise a choisi de quitter Paris et plutôt que de s’encombrer la vie de tris douloureux et d’un camion de déménagement, elle a choisi de tout déposer sur le trottoir, à l’intention des amateurs. Commencer par les livres – ce qu’elle a de plus cher – est le bon moyen de ne pas renoncer au milieu du gué. Brûler ses vaisseaux pour éloigner la tentation de revenir.
Laure sera absente de Paris, le temps de retrouver des fragments d’un mari, biologiste trop accaparé par ses recherches, décédé dans un hameau perdu des Abruzzes.
A l’inverse de Laure, qui avance dans la perte et le manque avec un stoïcisme fragile comme le cristal, Elise décide de s’ouvrir à tous les possibles et choisit la précarité, manière de ne pas contrarier son inclination naturelle au papillonnage. Ses plans de logement sont foireux. Qu’à cela ne tienne, elle squattera un site de rencontres pour adultes consentants. D’aucunes joueraient les orpailleuses désillusionnées. Pas Elise, qui exploite un filon plutôt prometteur et se persuade de ne rencontrer que des pépites. Pour que l’amour ne soit pas un enfer, elle le pave de belles inventions, rejoignant Laure, dont les souvenirs sont modelables à merci, lorsque le chagrin se fait trop pressant.
Laure rencontre un librairie kosovar qui lui offre un ouvrage illisible, un boulanger qui meurt d’envie de l’ajouter à son cheptel, un facteur qui ne distribue pas les lettres affligeantes et croise une femme rendue folle par la viol de sa fille. Elise remet consciencieusement son ouvrage sur le métier du libertinage et goûte les étrangers, parce qu’ils ont d’autres histoires à raconter.
Deux romans de la vie, aux angles d’approche si peu communs qu’ils peinent à cousiner sous-germainement. Vénus Khoury-Ghata rôde autour d’une blessure abyssale, dans le même temps qu’Elise Fontenaille déploie une gourmandise qui fait l’économie de l’élégance, ses filets ramenant des individus dignes d’un inventaire à la Prévert. Si la seconde s’évertue à transmuter l’amertume de l’existence, la première donne un hommage éperdu au docteur Jean Ghata, pierre philosophale d’une œuvre familière des capitales de la douleur, intensément, profondément, définitivement libanaise.
Chez Vénus K-G, prose et poésie sont consubstantielles. Ce roman en témoigne, qui va l’amble avec une longue traversée du poème, notamment récompensée en 2011 par le Goncourt de la poésie.

« Ma vie précaire », Elise Fontenaille, Calmann-Lévy, 15,50 euros
« Le facteur des Abruzzes », Vénus Khoury-Ghata, Mercure de France, 15 euros

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