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Stefan Zweig: Quand l’espoir fond au soleil de Rio

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Par Julie Cadilhacbscnews.fr/ «Le monde, ma propre langue est perdu pour moi. Ma patrie spirituelle, l’Europe, s’est anéantie elle-même. Il fallait à soixante ans des forces exceptionnelles pour tout recommencer à nouveau et les miennes sont épuisées par des années d’errance sans patrie. Aussi, je juge préférable de mettre fin, à temps et la tête haute, à une vie pour laquelle le travail intellectuel a toujours représenté la joie la plus pure et la liberté individuelle le bien suprême sur cette terre. Je salue tous mes amis ! Puissent-ils voir encore les lueurs de l’aube après la longue nuit ! Moi, je suis trop impatient. Je les précède.»( Stefan Zweig)

Comment vivre exilé, l’âme meurtrie par les massacres infligés à ses congénères et le coeur coupable d’être toujours vivant? Peut-on survivre à l’horreur lorsqu’on est un brillant observateur de la nature humaine? Stefan Zweig n’est déjà pas un auteur très optimiste et dans cette nouvelle fuite de l’Autriche qu’il le fait échouer au Brésil, à Pétropolis, en compagnie de sa jeune épouse Lotte, il ne voit qu’un sursis insupportable avant une fin tragique. Après l’Angleterre et les Etats-Unis, Lotte espère que le Brésil et ses paysages chaleureux seront la terre d’accueil enfin espérée, un havre de paix au milieu de la tempête. Mais les fantômes des défunts amis de Stefan ne le quittent pas, les crises d’asthme de Lotte l’inquiètent chaque jour davantage, les nouvelles du monde manquent de conviction optimiste aussi , en février 1942, le carnaval de Rio lui semble une danse macabre insoutenable alors qu’en Europe les juifs sont exterminés sans que les allemands ne se révoltent. Stefan Zweig tente de résister à la mort qui l’appelle mais le désespoir emplit le verre de Véronal avec lequel il s’empoisonne avec sa souffreteuse épouse qui refuse de le laisser partir seul. En conjuguant le réel et la fiction, Laurent Selsik a d’abord imaginé dans un roman -publié chez Flammarion- les six derniers mois de la vie de ce couple nostalgique de Vienne mais déjà lucide sur la montée effrayante du nazisme en Autriche et en Allemagne. Deux ans plus tard, il écrit le scénario de son adaptation en bande dessinée. Guillaume Sorel sublime le récit de ces amants maudits: Lotte est désarmante de tendresse et d’abnégation, Stefan porte le poids d’un désespoir incommensurable, le Brésil est aussi coloré que l’Océan qui les sépare de l’Europe est un abîme. L’évocation de Sigmund Freud, Richard Strauss, Thomas Mann, Joseph Roth, Friderike von Winternitz , le choix des couleurs ( tantôt en nuances de sépia, tantôt en noir et blanc, tantôt bigarrées), l’imperceptible détresse qui frémit dans chaque vignette font de cette bande dessinée un ouvrage de grande qualité qui charmera les amoureux de littérature autant que les sentimentaux masochistes, les amateurs de beaux dessins autant que les aspirants aux scénarios bien menés.

Titre: Les derniers jours de Stefan Zweig

Scénario: Laurent Selsik


Dessins: Guillaume Sorel


Editions: Casterman

Prix: 16€

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