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L’ouvrage sensible et intimiste de Christine Orban

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Par Mélina Hoffmann – bscnews.fr / Mariée depuis peu, une jeune femme de 20 ans se trouve confrontée à la maladie de celui qu’elle aime et qu’elle est sur le point de perdre. Etouffée par une souffrance qu’elle ne sait pas dire, démunie face au drame qui se profile et la prive de toute capacité à ressentir la moindre émotion, elle décide, sur les conseils de son médecin, d’entamer une psychanalyse.

C’est ainsi que, semaine après semaine, de lundis en jeudis, nous la suivons dans ce cabinet où se tisse peu à peu une relation ténue, presque muette mais néanmoins primordiale, entre elle et son psy. Une psychanalyse dont elle n’espère pourtant rien. « Si je vous parle et que vous parveniez à me guérir, ce sera pour vivre quoi ? » Car que peut-on attendre de la vie lorsqu’elle nous a dépossédés de nos rêves et de ce qui nous est le plus cher alors même que nous y faisions nos premiers pas ? Qu’a-t-on à espérer d’une vie qui, au lieu de se laisser vivre, nous confronte à la mort de la manière la plus inadmissible qui soit ? A quoi bon ? Des questions qui hanteront silencieusement chacun de ces entretiens au cours desquels elle tentera, avec pudeur et simplicité, de mettre des mots sur cette « anesthésie du cœur », ce mal-être insoutenable qui la ronge de l’intérieur et la pousse à trouver refuge sur ce divan, deux fois par semaine, face à un psy impénétrable qui n’a à lui offrir que des acquiescements, des raclements de gorge et quelques « hum » de temps à autre. Ersatz de communication auxquels elle s’accroche comme à une bouée de sauvetage, qu’elle tente d’interpréter, tout comme ses silences. Des silences qui la renvoient finalement à elle-même, là où se trouvent les réponses à ses interrogations, les ressources qui lui manquent.
« J’ai loué un espace de temps ; trois quart d’heures, deux fois par semaine. L’espace m’est réservé : reste trente minutes. Une demi-heure peut contenir l’histoire, les douleurs et les secrets d’une existence. Il suffirait de quelques mots, quelques minutes, pour s’alléger d’un fardeau. (…) Pour combattre, nous n’avons pas d’autres outils que les mots. Il n’y a ici ni affection ni compassion. Pas de bras dans lesquels se réfugier, aucune épaule sur laquelle poser sa tête. »
Et c’est par ce lien fragile et dénué de tout sentiment affectif qui se crée qu’elle s’extrait doucement, presqu’imperceptiblement, de la prison de solitude dans laquelle elle s’était enfermée, reprenant lentement contact avec elle-même et réapprenant la relation à l’autre, si essentielle. Dans ce roman autobiographique, Christine Orban nous décrit avec précision et simplicité ce qu’est le début d’une analyse, la façon dont se construit et s’articule la relation entre le psy et son patient, l’observation mutuelle à laquelle ils se livrent au cours des séances, la difficile confrontation avec soi-même et le pouvoir des mots face à l’insoutenable. Un livre tout en pudeur dans lequel les émotions se devinent plus qu’elles ne sont exprimées, nous frôlant sans jamais nous pénétrer. Un ouvrage sensible et intimiste.

Deux fois par semaine
Christine Orban
Editions Le Livre de Poche
Prix: 5,5 euros.
Parution: 26 janvier 2012

 

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