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Les deux idées différentes de la poésie érotique

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Par Marc Emile Baronheid – bscnews.fr / Certains fâcheux prétendent que l’amour dure trois ans. C’est déjà plus optimiste que Ronsard, mais diablement moins que la ribambelle d’auteurs présents dans deux anthologies aux humeurs dissemblables. Ici c’est courtois, attentif, frémissant. Là c’est impatient, débridé, incendiaire. Le petit archer fripon y reconnaîtra les siens …

 

Côté éden

On n’a pas tous les jours deux fois vingt ans ! La collection Folio célèbre cet anniversaire de bien belle manière, en rassemblant pour ses  fidèles quelques-uns parmi les plus beaux textes d’amour de la littérature. La distribution laisse rêveur, d’Ovide à Jean-Christophe Rufin, d’Albert Cohen à William Shakespeare, de Verlaine à Proust, d’Aragon à Hemingway. Un échantillon ? Cette sentence gravée dans la grotte de Sofitel : « Le succès trop facile ôte bientôt son charme à l’amour : les obstacles lui donnent du prix ». Ou encore cet extrait d’un poème de Verlaine

C’est Saint-Valentin !
Je dois et je n’ose
Lui dire au matin…
La terrible chose
Que Saint-Valentin !

Côté enfer
C’est Zénon Bianu qui a compilé ces quelque 630 pages endiablées. Apollinaire, Cocteau, Sade, Pierre Louÿs, Baudelaire, Maupassant, Queneau, Dali, Louise Labé , l’élégant Mandiargues, voire Clovis Hugue et son « Ode au vagin » ou le Jacques Audiberti de Nougaro  sont des enfants de chœur, comparés à la giboulée de garnements tels Bataille, Vian, Benjamin Péret, Etienne Jodelle et sa dévote « Epitaphe du membre viril de Frère Pierre », le bien nommé Robert Angot de l’Eperonnière, l’infortuné Claude Le Petit, brûlé  au 17e s. sur le bûcher pour avoir écrit des textes libertins aux dépens de la famille royale ( somme toute, la Princesse de Clèves s’en tire bien, puisqu’il n’y a pas d’effet rétroactif à sa disgrâce). N’oubliez pas Marc Papillon de Lasphrise : il mérite le détour.
Lucie Delarue-Mardrus appartient à la catégorie anodine :

Si tu viens, je prendrai tes lèvres dès la porte
Nous irons sans parler dans l’ombre et les coussins,
Je t’y ferai tomber, longue comme une morte
Et, passionnément, je chercherai tes seins

A coquine, coquin et demi. Vous aurez plaisir à les débusquer, à découvrir chez certains d’insoupçonnées ressources immorales. Dans le registre, Perros ne devrait pas trop vous étonner ; sa verve est connue.
Elle me prenait par la main
dans l’ombre au seuil de l’escalier
et sa voix chuchotait un viens
qui me laissait embarrassé
Pour mieux me montrer sa culotte
elle se hissait sur la rampe
et dégringolait sous mon nez
la toile d’avion très humide

Laissons le mot de la fin à Zénon Bianu : « Eros en tous ses fastes, lumineux, sombres ou enjoués, Eros en effervescence, Eros émerveillé ».

« Mon amour  – Les plus beaux textes d’amour de la littérature», Gallimard Folio, offert sous conditions par votre libraire
« Eros émerveillé – Anthologie de la poésie érotique française », éditions de Zénon Bianu,   12 euros

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