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Alfred Hitchcock:  » Le théâtre, c’est la vie; ses moments d’ennui en moins »

Propos recueillis par Julie Cadilhac– bscnews.fr / Photo Claire Riou/ D’origine anglo-américaine et vivant en France, Patty Hannock est comédienne au théâtre, au cinéma et à la télévision. Dirigée par Jean-Claude Fall, Deborah Warner, Philippe Découflé ou encore Bruno Bayen au théâtre, c’est également une chanteuse qui se prête souvent au genre de la comédie musicale.

propos recueillis par

En 2012, elle sera à l’affiche avec Conseils à une jeune épouse de Marion Aubert, une création, et elle continue de jouer Alma dans Hitch mis en scène par Sébastien Graal, une pièce en tournée depuis février 2011. Hitch, c’est la rencontre de deux monstres du cinéma, Alfred Hitchcock et François Truffaut, avec en toile de fond un cadavre et un sacré malentendu. Quel rôle joue Alma, l’épouse du réalisateur des Oiseaux, dans cette affaire policière?…on n’allait pas manquer l’occasion de soumettre à la question son interprète…

D’où est née l’idée de créer cette pièce mêlant cinéma et théâtre?

L’origine de l’écriture de HITCH tient à la rencontre de Stéphane Boulan et Alain Riou….
Deux journalistes. Deux passionnés. Alain – qui pour la petite histoire a été habité, jeune homme, par son amour du théâtre, (il a tout vu à la Comédie Française, et il a une mémoire phénoménale des acteurs,des pièces, de tout) , s’est découvert cinéphile par la suite… vous connaissez son histoire. Il est scénariste, réalisateur et critique et pourtant le théâtre ne l’a jamais quitté.
Stéphane est parti d’un amour de l’écriture, ensuite le journalisme et le cinéma… tout en étant un habitué du théâtre. Leur collaboration s’est traduite par l’écriture non pas d’un livre (projet initial) mais d’une pièce de théâtre : sur la fameuse rencontre Hitchcock- Truffaut. Leur première ébauche mettait en scène les deux hommes avec Helen Scott, traductrice.
Il s’est avéré que cette piste ne mettait pas assez de piquant dans la relation Hitch-Truffaut. Trop linéaire. Ils ont cherché une autre astuce, et ils ont découvert Alma, et son importance dans l’oeuvre du maître/ Mathieu Bisson était le premier acteur élu – non pas par sa ressemblance avec le jeune Truffaut (bien sûr , ce facteur a joué) mais par affinité. En cherchant leur Hitchcock, une rencontre fortuite a eu lieu – d’abord à la télévision (Stéphane a vu Joe dans Cash de Eric Besnard) et ensuite dans le quartier : ils sont voisins! Il l’a revu au marché!
Des lectures ont eu lieu… avec différentes Alma. Je connais Joe depuis 32 ans (nous avons fait l’école Le Coq ensemble à Paris…) et nous avons une belle complicité scénique (et personnelle). Les choix étaient faits. Nous avons, tous les trois comédiens, mené nos carrières au théâtre et au cinéma. Sébastien Grall, notre metteur en scène, est réalisateur. Passionné depuis toujours par le théâtre, c’est en fait la toute première fois qu’il dirige ses acteurs sur les planches et non pas derrière une caméra.
Ses connaissances de l’oeuvre de Hitchcock ont informé chaque articulation du texte. Le regard que Sébastien pose sur le jeu est délicat, intime et très exigeant. Le résultat: un jeu qui évoque le gros plan – des regards, toujours en écoute. pour moi, c’est aussi un travail essentiellement musical: nous sommes un trio. En suite, l’équipe technique – tous des intimes et associés de Sébastien -est une équipe de cinéma: aux lumières , il y a Pascal Sautelet (théâtre et partenaire (chef opérateur en tournage avec Sébastien), pour le décor, Valérie Grall (cinéma) , Catherine Leterrier a fait les Costumes – elle a trois césars à son actif !, Jean-Luc Rault-Cheynet et Jean-Marc Lentretien sont au son et puis, il y a les voix off de Féodor Atkine (MacGuffin) et Thomas Chabrol (qui joue son propre père, jeune).

Si vous deviez citer un film d’Alfred Hitchcock et un de François Truffaut que vous avez aimés, lesquels serait-ce? et pourquoi?
Difficile – je les aime presque tous. Je vais donc me limiter à deux films de Hitchcock, en vue de leur parfaite concordance avec le propos de la pièce et deux de Truffaut.
The Rope (La Corde), en raison de son décor unique, les tensions, les regards: oui, on peut dire que c’est du théâtre.
The Birds… puisqu’Alma tient férocement au montage qu’elle a fait! Aussi parce que c’est le premier film de Hitchcock que j’ai vu, enfant, au grand dam de ma mère. J’en ai gardé un souvenir très précis : en le revoyant- des années après (et à plusieurs reprises) j’ai retrouvé exactement le film. Sauf que la première fois, je m’identifiais avec la petite fille. La deuxième fois avec Tippi Hedren. La dernière fois, avec Jessica Tandy, la belle-mère. Ainsi va la vie….
J’ai vu Fahrenheit 451 adolescente. Je me creusais la tête à me demander quel livre j’allais « devenir ». Déchirée entre Portrait d’une Femme de Henry James et Alice au Pays des Merveilles… Le revoir était formidable, quel kitsch moderniste, quelle vision de l’avenir. Détail croustillant: Truffaut voulait que Tippi Hedren joue le premier rôle. Hitchcock, pas très clair dans ses rapports avec cette jeune comédienne, l’a maintenue sous contrat, elle ne l’apprit que très longtemps après.
Et puis L’Homme qui aimait les Femmes car tourné à Montpellier…

Hitch est une pièce de théâtre que l’on peut qualifier de réaliste? Est-ce toujours un bonheur pour un comédien de revenir à ce genre théâtral plus axé sur le jeu que sur la dynamique du plateau?
Je viens de terminer une série d’Hôtel Palestine, de Falk Richter, mise en scène de Jean-Claude Fall; c’était également un travail très exigeant, face public, toujours. Et jouissif, à sa manière! Mais là, j’ai l’impression de retomber dans un luxe – silences, regards, battement de cils. c’est très agréable. Avec une intimité, une complicité constante avec le public.

La distribution a -t-elle été influencée par la ressemblance des comédiens avec le personnage historique qu’ils incarnaient?
Pour Joe et Mathieu, oui, tout à fait. Et c’est un régal pour le public de ‘re-découvrir’ ces silhouettes. La grande qualité de ces deux comédiens, c’est de rendre tout à fait personnel ces illustres personnages. Ils les jouent, mais ils restent eux-mêmes. La composition d’Alma- en ce qui me concerne est différente – plutôt une question d’époque, de manières, de gestes. La ressemblance étant la couleur des cheveux / coupe et la frange… et les lunettes, évidemment! Bon, elle était toute petite… et là, je ne peux rien faire.

Pour jouer Alma, l’épouse d’Alfred Hitchcock, vous êtes-vous documentée sur sa vie et son caractère? Et dans ce cas, qu’avez-vous retenu d’elle?
J’ai lu quelques livres (désolée, en anglais) Alma Hitchcock: The Woman Behind The Man, écrit par sa fille (Patricia Hitchcock O’Connell)
Patrick McGilligan : A Life in Darkness and Light
Donald Spoto : The Dark Side of Genius et Spellbound by Beauty
Hitchcock on Hitchcock: Selected writings and Interviews edité par by Sidney Gottlieb. Et le livre de Monsieur Truffaut, évidemment.
J’ai regardé des entretiens, témoignages, et écouté des enregistrements audio et je me suis beaucoup inspirée des PHOTOS!

Hitch, c’est un surnom, une façon amicale d’interpeller le grand réalisateur anglo-américain?
Oui. Comme je suis Patricia Louise, mais on m’appelle toujours Patty. Un surnom! Hitch se traduit aussi par… un problème.
‘Oops, there’s just one hitch.’

François Morel, cette année aussi, a mis en scène une pièce mêlant théâtre et cinéma , Instants Critiques, dans laquelle on retrouve les débats entre Jean-Louis Bory et Georges Charensol. L’avez-vous vue? Peut-on dire que cette envie de mettre le cinéma sur le plateau est nouvelle au théâtre ?
Je ne crois pas que c’est une envie tout a fait nouvelle- je me rappelle d’une adaptation, il y a 25 ans, que Martinelli a fait de Jean Eustache. Il y en eu d’autres. Duras, Godard, Pasolini. Je crois surtout qu’il y a un va et vient entre ces deux médias, depuis toujours – étudiante à mon école de théâtre en Angleterre il y a 35 ans, nous avons adapté Potemkine, d’Eisenstein. Ingmar Bergman a adapté ses propres films au théâtre. Puis Il y a eu des comédies musicales (Hairspray, Cry-Baby). Je crois que l’interaction entre ces deux milieux est très vivant.

Quels films, enfin, est-il conseillé de revoir pour prendre davantage de plaisir à voir la pièce? Faut-il être particulièrement cinéphile pour l’apprécier?
Ah Ah! Difficile! Je dirais – qu’il faut voir tous les films ! La chance que nous avons eu à Paris, lors de la création, c’est que la Cinémathèque faisait une belle rétrospective de l’oeuvre de Hitchcock. Tout le monde sort du spectacle avec cette envie – revoir les films. Une chance – Alain Riou va présenter des films au Diagonal quand nous serons au Théâtre d’O : un court de Truffaut, et un film de Hitchcock que je n’ai pas encore vu, j’y cours. Tout de même, s’il fallait en citer un, je dirai The Rope! C’est vraiment du théâtre.

Dates de représentation:

Mardi 07, mercredi 08 et jeudi 09 février 2012 à 19h00 au Théâtre d’O, Montpellier ( 34).

Les 11,12 et 13 mai 2012 au Hong Kong Cultural Centre, Studio Theatre.

Du 7 au 28 juillet 2012 au Théâtre du Balcon au Festival d’Avignon 2012

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