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Julien Bouffier: un théâtre qui réfléchit sur l’actualité

Interview de Julien Bouffier/ Propos recueillis par Julie Cadilhac – bscnews.fr/ Julien Bouffier est un metteur en scène engagé qui a inventé sa propre esthétique en s’appuyant sur le formidable potentiel narratif qu’offrent les nouvelles technologies. Il est aussi l’instigateur d’un festival pertinent et créatif nommé Hybrides. En résidence au théâtre Jean Vilar, à Montpellier, […]

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Interview de Julien Bouffier/ Propos recueillis par Julie Cadilhacbscnews.fr/ Julien Bouffier est un metteur en scène engagé qui a inventé sa propre esthétique en s’appuyant sur le formidable potentiel narratif qu’offrent les nouvelles technologies. Il est aussi l’instigateur d’un festival pertinent et créatif nommé Hybrides. En résidence au théâtre Jean Vilar, à Montpellier, il est en train d’imaginer un chantier théâtral aussi ambitieux que passionnant avec la compagnie Adesso E Sempre: son premier volet, MANIFESTEment  nous invite à réfléchir sur notre rapport à l’actualité et, en empruntant des chemins de traverse fantaisistes ou en insérant des reportages au creux de la vie, il  nous montre le monde ( et le théâtre!) autrement….

Cette année, vous présentez deux spectacles dont vous êtes le metteur en scène: l’un destiné à un public adulte, l’autre à un public enfantin…Est-ce dans le cadre de votre résidence au Théâtre Jean Vilar que vous avez choisi de cibler deux publics ou est-ce par goût?
Non, ce sont deux créations qui ne sont pas nées au Théâtre Jean Vilar même si le fait que je travaille sur un texte aussi tourné vers l’enfance, ou plus exactement vers la pré-adolescence a motivé, je crois, Luc Braemer, dans son choix de nous accueillir en résidence.
Ensuite, je suis très intéressé par les question de transmission, de partage donc d’avoir ces deux cordes à mon arc me permettaient de toucher un très large public. Que dit-on de différent à un public adulte et à un public jeune?

MANIFESTEment est une réflexion sur le réel pouvoir du peuple?
Oui, sur la démocratie.

Y-a-t-il derrière la problématique collective une réflexion individuelle? Du genre… ai-je une emprise sur ma propre vie?
Bien sûr. Dans tous mes spectacles, je pose la question: « qu’est-ce qu’un spectateur? » En rejetant l’idée que le spectateur soit passif. Regarder, c’est agir. C’est pour cela que le plus souvent j’installe le public dans une relation où il fait des choix sur ce qu’il regarde…. J’ai répondu à la question?

Est-ce une pièce qui apporte des réponses? ou soulève-t-elle juste des questions?
Nous ne sommes pas là pour donner des leçons mais pour ouvrir des portes.  Chacun fait ce qu’il peut dans sa vie. La seule chose sur laquelle il faut être vigilant, c’est la curiosité. Il faut rester curieux du monde , de l’autre. Et là, c’est notre rôle, de continuer à faire vivre cette flamme de l’enfance !

En cela, ne peut-on pas dire que le théâtre est inconfortable? manifestement
Pourquoi? Pour le spectateur? Mais est-ce que le confort n’est-il pas inconfortable? Je veux dire, dormir, c’est agréable. Nous rêvons tous de plus dormir dans les vies de fous que nous menons. Et en même temps, quand il nous arrive de trouver ce temps-là, est-on vraiment heureux? Est-ce que le sommeil nous épanouit? Non! Et bien pour moi, le confort, c’est très vite le sommeil! Au cinéma ou à la télé (sur notre canapé plus ou mois confortable), combien de films avons-nous regardés qui ne nous intéressaient pas vraiment? Mais c’était confortable. Au théâtre, ce n’est pas possible. C’est vrai. Si cela ne nous intéresse pas, c’est insupportable.

Vous vous êtes inspiré des derniers évènements parisiens, du Printemps à Tunis ou au Caire, du drame nucléaire de Fukushima: comment avez-vous choisi de mettre en scène l’actualité?
C’est la matière du projet. C’était notre premier questionnement « le théâtre est-il un média? ». Au départ donc, le sujet était l’actualité puis au fur et à mesure que celle-ci arrivait, que je la sélectionnais; je me suis rendu compte que ce qui m’intéressait, c’était quand l’information révélait le lien entre le peuple et le pouvoir.

La vidéo sera-t-elle un acteur-phare de la pièce?
Oui, car c’est une des matières du spectacle et de un des vecteurs de l’information. C’est par elle qu’on prend conscience des évènements. Ensuite, notre rôle, c’est de la mettre en critique.
Dans MANIFESTEment, nous jouons en permanence sur l’opposition réalité /fiction. Et donc qu’est-ce qui est plus réel, l’image télévisée ou de téléphone portable ou un acteur qui joue? LA fiction n’est pas forcément là où l’on pense.

Dans MANIFESTEment, vous endossez un rôle de comédien également… comment se sont passés les rapports avec le metteur en scène?
Le metteur est très à l’écoute. Bon, il est nul en costumes mais sinon il permet beaucoup de liberté aux acteurs, enfin surtout à moi ! Plus sérieusement, je ne joue pas un rôle. Je joue mon rôle. Alors ensuite, oui, tout ce que je dis n’est pas vrai! Mais vous, vous ne mentez jamais?

Costa le rouge est une pièce recommandée en famille qui parle , justement, de la déconstruction de la famille?
Qu’est-ce que vous essayez de me faire dire? Que Costa le Rouge est un mode d’emploi de déconstruction de la famille? Non, rassurez-vous. Vous connaissez beaucoup d’enfants aujourd’hui qui vivent avec leur deux parents? La déconstruction est un point de départ de Costa leRouge ou le petit garçon Costa partage plus de choses avec son grand-père qu’avec son père. Comment ces trois générations d’hommes vont réussir à se retrouver malgré toutes les petites défaites intimes de la vie?
Costa raconte plutôt la construction d’un enfant dans un monde qui a perdu ses repères.Comment d’identifie-t-on dans un monde si compliqué où les repères sont absents ou en tous cas très flous. Même les parents ne savent plus où ils sont?

C’est une pièce pleine d’espoir?
C’est une pièce qui engage! C’est l’histoire d’une émergence donc oui, d’espoir.

Trois comédiens sur scène..parlez-nous d’eux.
Je commence par le moins jeune ou le moins vieux? Honneur à Jean-Claude Fall! Nous nous sommes trouvés lors de notre résidence au Théâtre des Treize Vents, lorsqu’il en était le directeur, et depuis je ne m’en sépare plus. C’est un acteur qui me touche beaucoup avec lequel nous partageons beaucoup de valeurs. Il est un merveilleux grand-père.
Rachid Akbal, j’avais travaillé déjà avec lui dans Alger Terminal 2. Ce qui m’intéresse ale plus dans un acteur, c’est son humanité. C’est cela que j’essaye de montrer sur plateau. La question de l’incarnation du personnage reste floue pour moi. Je voulais que le père de Costa puisse ne pas être d’origine française (Rachid est algérien) pour raconter au public une difficulté supplémentaire dans la recherche de repères.
Nicolas Vallet est un comédien que je connais depuis longtemps qui avait déjà participé quelque fois dans des projets de la compagnie, il y a quelques années. C’est toujours difficile de trouver un acteur pour jouer un enfant. Nicolas porte en lui une naïveté qu’il sait à merveille reproduire dans le jeu sans jamais infantiliser le personnage et le public. Nicolas fait aussi partie de MANIFESTEment.

Du 24 au 31 mars, vous êtes aussi l’organisateur ( et créateur) du festival Hybrides…. quels sont ses enjeux? Quels seront les points forts de cette nouvelle édition?
Nous ferons la quatrième édition d’Hybrides du 24 au 31 mars. On développe toujours un théâtre transdisciplinaire où se mèlent vidéos, musique, danse, arts plastiques avec pour objectif un théâtre documentaire. comment les artistes se servent des outils d’aujourd’hui pour parler d’aujourd’hui! Les points forts, il n’y a pas de points faibles! Toujours une programmation où nous retrouverons des artistes catalans, belges, suisses et français. Peut-être même égyptiens? Nous regarderons beaucoup la jeunesse, le passage à l’âge adulte. Mais notre force, c’est de travailler avec des partenaires aussi fort que Montpellier Danse, Le Centre Chorégraphique, la Chapelle, Kawenga, les cinémas Diagonal, le Musée Fabre, le Crous, l’université Montpellier 2, le Rockstore et évidemment le Théâtre Jean Vilar! Notre force, c’est d’être ensemble!

Au Théâtre Jean Vilar, auront lieu toute la saison des Cafés Babel dont vous êtes un co-organisateur. Le public sera-t-il impliqué dans ces « émissions en direct »? Pouvez-vous nous en préciser les enjeux?
Le 17 octobre aura lieu le premier vrai Café Babel. Nous en avons déjà proposé deux l’année dernière mais la forme que nous élaborons cette saison est différente car elle s’appuiera aussi sur tout le travail que mène Luc Braemer, le directeur de Jean Vilar, avec la la linguiste Claudine Moïse, dans ses conférences « Langue de rue, langue de scène ». C’est une émission théâtrale en direct diffusée du Théâtre Jean vilar. C’est une émission vers le public, vers la Cité où nous parlerons de l’actualité du théâtre et du monde avec toujours une thématique. Ce sera une suite de sujets/chroniques… Ils sont donnés avant certains spectacles de la saison mais j’espère que même ceux qui ne voulaient pas venir voir le spectacle après viendront pour ce rendez-vous spécialement. « Ce doit être un lieu de rencontre, d’échange, de communalité », comme dirait Rosanvallon.

Costa le Rouge: 15/16/17/18 novembre 2011 à Montpellier, Théâtre Jean Vilar

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