fbpx

Antonio Lobo Antunes : son bruit et sa fureur

par

Par Stéphanie Hochet – BSCNEWS.FR / L’auteur portugais, lauréat en 2007 du plus important prix littéraire du monde lusophone : le Prix Camoes explore dans son dernier roman Mon nom est légion la complexité du réel et la technique narrative polyphonique.
Le livre déroute. Il pourrait ressembler à un kaléidoscope où chaque personnage apporterait sa vision du monde, sa langue, ses perceptions, sa musique. En ouverture : un style administratif car il s’agit d’un rapport de police faisant état des délits et crimes (meurtres, vols à main armée, attaque d’une station service etc.) commis par un groupe d’adolescents âgés de 12 à 19 ans d’un quartier populaire au Nord-Ouest de Lisbonne – le quartier du Premier Mai – considéré comme un stigmate social. Le narrateur est un homme blanc de 63 ans. Au fil de sa rédaction, ses pensées dérivent : il songe à sa vie de famille insatisfaisante, se laisse obséder par des calculs mentaux sans intérêts, ironise sur les faits (nous nous interrogeons sur l’hypothèse selon laquelle c’est nous qui l’aurions tué), insiste sur les explications raciales qu’il faut donner aux événements car les Noirs seraient plus enclins à la cruauté et à la violence gratuite. Plus loin, la parole sera donnée aux habitants du dit quartier, une vingtaine de voix viendront étoffer le récit : une prostituée qui se souvient d’avoir été abusée par le mari de sa tante, un homme obsédé par les avances d’une femme qui lui a montré son puits obscur quand il était enfant, des métis dont on dit qu’ils n’ont pas de glandes lacrymales, ne pleurent pas, des Noirs qui s’accouplent entre eux comme des bêtes et se résignent à croire que la religion ne leur prête pas d’âme. Le texte, à l’image du quartier du Premier Mai, est traversé de violences, abus, vols, meurtres. De racisme, particulièrement. Tous les personnages en font état, le propagent ou en sont victimes. On pense à Faulkner pour ce climat de pauvreté et de violences, de fureur et de préjugés raciaux rendus dans une forme de narration disloquée. La violence rompt la pensée, entre par effraction dans le flot de conscience des habitants du quartier, s’arme de visions fortes qui déstabilisent le lecteur, elle revient en leitmotivs, fragmente le récit mais lui donne incontestablement sa musicalité, un chant qui hypnotise et n’a rien de traditionnel.

Antonio Lobo Antunes. Mon nom est légion.
Christian Bourgois éditeur.
511 pages.
Janvier 2011.

Laissez votre commentaire

Il vous reste

4 articles à lire

M'abonner à